22 Janvier 2026
Propriété emblématique de l’appellation Margaux et Grand Cru Classé 1855, le Château d’Issan incarne un dialogue permanent entre histoire et modernité. À sa tête, Emmanuel Cruse, dont la famille accompagne l’histoire du domaine depuis trois générations (accompagné par la famille Lorenzetti depuis 2013), veille à faire vivre cet héritage tout en inscrivant Issan dans l’avenir. À l’aube d’une année hautement symbolique pour la propriété, il partage sa vision et les perspectives qui animent le château.
1. Quelle est, selon vous, l’identité singulière du Château d’Issan parmi les Grands Crus de Margaux ?
« L’identité d’Issan est profondément ancrée dans son histoire, qui remonte bien au-delà du classement de 1855. Les textes évoquent déjà la Mothe-Cantenac, ancien nom d’Issan, dont le vin aurait été servi lors du mariage d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II, roi d’Angleterre, en 1152. Peu de propriétés peuvent revendiquer une telle continuité historique.
Issan fut également une place forte durant la guerre de Cent Ans, dont subsistent encore aujourd’hui les douves, un élément architectural rare dans le Médoc, que l’on retrouve seulement dans quelques propriétés comme Lamarque ou la Tour Carnet. Le château lui-même compte parmi les plus anciens bâtiments du classement de 1855.
À cette dimension patrimoniale s’ajoute une singularité forte : Issan est l’un des rares Grands Crus Classés à posséder un vignoble entièrement clos de murs. C’est un marqueur identitaire puissant, qui contribue à la cohérence et à l’expression unique de nos vins.
Enfin, malgré le poids de l’histoire, nous avons toujours tenu à regarder vers l’avenir. Cette dualité fait partie de l’ADN d’Issan : préserver un héritage séculaire tout en osant l’innovation, comme en témoigne notamment la création de notre vin blanc, élaboré à partir de cépages non bordelais. Une approche volontairement atypique, hors des standards régionaux, qui illustre notre capacité à conjuguer tradition et vision contemporaine. »
2. En quoi l’année 2026 est-elle une année particulière pour le Château d’Issan ?
« L’année 2026 marque un jalon essentiel dans l’histoire du domaine. Si l’on se réfère aux archives, la reconstruction du château telle que nous le connaissons aujourd’hui s’est achevée en 1626. Nous célébrons donc cette année les 400 ans de la fin de la construction du Château d’Issan.
C’est un anniversaire chargé de sens, qui nous rappelle la longévité du domaine, sa capacité à traverser les siècles, les crises et les évolutions du monde viticole. Cet événement est l’occasion de rendre hommage à toutes celles et ceux qui ont contribué, génération après génération, à façonner Issan et à préserver son identité. »
3. Comment voyez-vous l’avenir du Château d’Issan ?
« L’avenir d’Issan s’inscrit avant tout dans l’exigence de qualité et dans le temps long. À court terme, nous avons la chance de disposer d’un millésime 2025 de très haut niveau, certes modeste en volume, mais remarquable sur le plan qualitatif. Ce millésime revêt par ailleurs une dimension symbolique forte : il s’agit du 80ᵉ millésime produit par la famille Cruse au Château d’Issan, un repère important dans notre histoire familiale et viticole.
Même si les assemblages ne sont pas encore totalement finalisés, nous savons déjà que nous pourrons proposer, lors des primeurs 2025, un vin fidèle au style d’Issan, à la fois élégant, précis et profondément ancré dans son terroir. Nous espérons que ce millésime contribuera, au-delà de notre propriété, à redynamiser le marché des primeurs, qui traverse aujourd’hui une période délicate pour l’ensemble du vignoble bordelais.
À plus long terme, l’avenir des grands vins de Bordeaux passera nécessairement par le développement de nouveaux marchés à l’international. Cela implique une présence renforcée et une promotion constante de nos vins, en Europe bien sûr, mais aussi sur les marchés des Amériques, de l’Asie et du Moyen-Orient. Ce dernier, bien que culturellement spécifique, s’inscrit dans une dynamique d’ouverture comparable à celle observée dans d’autres secteurs du luxe.
Enfin, nous continuerons à explorer des voies d’innovation raisonnées, comme avec notre vin blanc, tout en restant fidèles à l’identité et aux valeurs du Château d’Issan.
En conclusion, je suis raisonnablement optimiste pour l’avenir : optimiste parce que nos fondations sont solides, et raisonnable parce que ce futur se construira, comme toujours à Issan, avec exigence, patience et humilité. »